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Semaine fébrile avant la générale, par Louise Bédard

Lundi de Pâques. Dernier moment avant la générale pour la présentation du 26 avril. Je sens la fébrilité. Beaucoup plus la mienne  que la leur, d’ailleurs. Elle vient du fait que le programme de nos deux heures hebdomadaires, et plus spécifiquement de ce lundi, est fort chargé.

Une entrée en salle est souvent un moment où plein d’éléments viennent complexifier le simple fait (pas si simple, en réalité) de se poser dans un nouvel environnement.

L’heure des choix

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Se poser signifie aussi devoir faire des choix, comme celui de ne pas avoir de coulisses. Les participantes seront assises sur les côtés, de sorte à faire une entrée franche quand sera venu le moment pour elles de danser leurs duos. De cette façon, la régie devient plus simple et évite aux danseurs de devoir attendre, cachés derrière un rideau, un repère visuel ou sonore pour effectuer leur entrée.

J’ai aussi fait le choix de ne pas mettre de rideau de fond. J’aime bien que l’espace reste ouvert, surtout ce bel espace qu’est le studio Jeanne-Renaud. D’ailleurs, il ne faut pas que j’oublie de parler aux groupes des femmes et des jeunes filles de cette grande dame et femme extraordinaire qu’est Jeanne Renaud! C’est inconcevable de ne pas le faire. Et pourquoi ne pas débuter maintenant?

Jeanne Renaud 

Jeanne Renaud est une des pionnières de la danse moderne au Québec. Elle a commencé la danse ici, à Montréal, mais est partie très tôt, seule et toute jeune, à 17 ans. C’est à New York qu’elle a fait ses classes et puisé sa nourriture dans l’enseignement de plusieurs personnalités importantes, dont Hanya Holmes, Merce Cunningham, Mary Anthony, pour poursuivre son développent artistique comme danseuse et chorégraphe.

Jeanne Renaud fait partie d’une famille où l’art est très présent. Ses deux sœurs ont d’ailleurs signé le manifeste du Refus global, qui a marqué l’histoire culturelle du Québec. Jeanne a développé une école et une compagnie de danse dans les années ‘60 : le Groupe de la Place Royale. Elle a été très tôt au coeur de l’activité artistique d’ici, entourée de collaborateurs, de compositeurs, de peintres, de danseurs et de chorégraphes.

Il y a de cela deux ans déjà, à 80 ans passés, Jeanne a créé A morte in braccio, un solo pour la caméra que j’ai dansé et qui a été réalisé par le vidéaste Mario Côté. Cette femme est une véritable source d’inspiration pour moi et le studio qui lui est dédié à Circuit-Est reflète sa présence et son apport au milieu de la danse.

En musique avec Diane Labrosse

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C’est dans ce studio que nous avons fait le premier enchaînement avec la musique de Diane Labrosse. Je dois dire que j’ai eu par moments des frissons en regardant toutes ces femmes prendre leur espace sur la scène, comme ça, simplement, avec si peu de temps de répétition pour l’apprivoiser. De plus, durant l’enchaînement, elles se sont données complètement, alors qu’elles entendaient leur musique pour la première fois et qu’il y a pour certaines plusieurs ajustements à faire!

Travailler avec la compositrice et musicienne Diane Labrosse est bel et bien un grand privilège. Quand je lui ai parlé du projet, il y a peu de temps, je ne m’attendais pas à ce qu’elle aille jusqu’à choisir dans son répertoire une musique pour chacun des duos! Et à ajouter des sons ‘live’ pendant qu’elle les regardait pour la première fois. Fabuleux.

Diane m’avait demandé la semaine dernière un qualificatif pour chaque duo. Juste avec les quelques mots que Danielle et moi lui avions transmis, elle a réussi à faire en sorte que chaque duo ait sa propre couleur, ses propres textures. Certains moments sont d’une grande densité, d’autres sont plus légers et incluent rythmes, ponctuation et lignes mélodiques.

La mécanique des enchaînements

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Après l’enchaînement, toutes se sont assises, ensemble, et j’ai répondu aux questions sur la mécanique de l’enchaînement. Un tour de piste aussi sur la musique qui leur a été  proposée. Elles étaient ravies. Diane les a invitées à lui faire des remarques. Diane et moi avions l’occasion de nous parler plus tard dans la journée. Je lui ai alors fait quelques suggestions sur la base de ce que j’avais entendu. Diane a pu mettre au point quelques menus détails. Jeudi, ce sera au tour des jeunes filles de travailler avec la musique de Diane. Je sens que nous serons dans un autre registre que celui proposé lundi aux femmes.

La semaine dernière, lorsque nous avons travaillé pour la première fois dans le studio Jeanne-Renaud, un filage de tous les duos a été exécuté avec précision : dans quel ordre elles feraient leur entrée et depuis quel côté.

Les vertus du silence

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Pour le bon déroulement des duos et surtout pour ne pas avoir de « petit creux », les participantes doivent superposer leur entrée sur la sortie du duo précédent. À la fin de l’enchaînement, qui avait été fait tout du long dans le silence, je leur ai dit deux choses. D’abord, que, justement, ce silence leur avait permis d’approfondir leur relation avec celle avec qui elles sont jumelées pour leur duo. Puis, que la musique serait à présent la bienvenue puisque ce travail en silence aura déjà suscité plusieurs niveaux d’éveil et de conscience dans leur rapport à l’autre.

Deux des jeunes filles m’avaient déjà justement demandé si elles pouvaient inclure «l’absence de musique», du moins en partie, dans leur duo. «Oui! Sans problème», leur ai-je répondu. J’en parlerai à Diane.

Alors, on crée ?

C’est assez merveilleux tout cela. Comme le disait si bien Fabienne Cabado dans une de ses chroniques : à moi aussi, le lundi matin va manquer. Beaucoup. Je ne pensais pas m’attacher à ce point à toutes ces belles personnes. Et le jeudi aussi va me manquer, avec ces jeunes qui terminent l’école et avec qui «hop! c’est reparti! ». Alors on crée?

Louise Bédard

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Alors, on crée? dernière ligne droite

La présentation publique des duos, qui marquera l’aboutissement du projet, arrive à grands pas. Louise Bédard peaufine la création des duos avec les adolescentes.