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De mémoire de Femmes, par Habiba Nathoo

Des corps déchirés, violentés, des cœurs abusés au goût d’une fatale solitude, et malgré tout quelques murmures de joie, d’espoir, de renaissance, encore…

Ces pièces isolées mises ensemble dans cet espace libre de création dévoilent l’inconscient collectif des Femmes.
Intenses vies, peines et résiliences qui parsèment nos chemins, nos mouvements de corps et d’âmes.

La beauté est à ce prix, celui de la danse de la vie.

La scène nous offre une voix, un corps, un regard, une écoute, un droit d’être, de dire l’indicible, de sublimer, de transformer. Un moment de vérité, un moment d’existence.
Audibles, visibles, Femmes vulnérables encore, mais sous la Lumière bienveillante de celles qui sont passées par là déjà.
Je marche, parce que je suis fatiguée de m’échapper.
Je m’arrête, parce que je suis épuisée de continuer.
Je désire, parce que je refuse de mourir.
Je dis non, parce que ma vie a dit oui.
Je crée, parce que j’ai des choses à être.
Pour toutes celles disparues en silence,
pour toutes les créations avortées,
pour tous les printemps qui redonnent la chance à la fleur d’éclore à nouveau,
pour la source qui coule en nous, tantôt limpide tantôt tumultueuse,
nous serons rouges, nous serons feu, nous serons fières, même de si peu
nous serons nues, petites ou grandes, fragiles ou fortes, tremblantes ou confiantes,
De mémoire de Femmes
nous serons,
tant que la Lumière nous guidera vers l’autre.
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Sur l’Île des Initiées, par Habiba Nathoo

Lundi 17 mars 2014, j’ai accosté sur l’Île des Initiées

Étonnant processus que je vis.

J’observe les mouvements créés en moi, sous la guidance des maîtresses de cérémonie.
Je suis un laboratoire.
Cela me ramène au temps de mes études en biologie et chimie, quand nous jouions aux magiciens, faisant apparaître et disparaître des traces, des tâches, des présences étranges et inconnues du monde invisible dans les boîtes de Pétri, alignées sur les paillasses du labo, entre les éprouvettes et les pipettes.
Je m’expérimente.
Ma blouse blanche devient ma Page Blanche, devient la Scène Blanche, devient mon Territoire Blanc, ma Fumée Créatrice, ma Vapeur Visionnaire.

Habiba Nathoo - Création 3 Habiba Nathoo - Création 5

Je suis une image.
Agrandie, rétrécie, dans la marmite des Sorcières, au son de leurs incantations, au rythme de leurs tambours.
Je suis une Femme qui a accosté sur l’Île des Initiées.
Femme parmi les Femmes, j’ai dansé autour du Feu Sacré des Grands-Mères Médecines.

Nous avons déposé nos offrandes pour appeler les Déesses des Arts,
Guérisseuses de nos cœurs meurtris.

Habiba Nathoo - Création 7 Habiba Nathoo - Création 6

Nous avons exploré l’île, enfouissant nos corps nus dans le sable de cette vaste Terre Sauvage.
Nous avons voyagé dans ces recoins indicibles, dans sa langue ancienne, dans sa nuit secrète, dans son silence.

Nous nous sommes entendues et vues et senties, seules et ensemble.
Nous nous sommes souvenues de nos liens.
Nous nous sommes reconnues.

Je suis une Femme enracinée, un Arbre de Vie,
qui danse son chant singulier afin de relier la Terre au Ciel.

Je suis une tradition, messagère de la Création.
Je suis un corps habité, qui dessine ses premières visions.

Terre! Terre fertile où nous accostons!
Quels fleurs et fruits naîtront de nos ventres ronds?


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En relation dansante avec moi-même, par Habiba Nathoo

Pourquoi suis-je là?
La petite voix intérieure, encore elle… Je me laisse guider.
Elle aussi est un souffle, qui me propulse vers l’Inconnu de moi encore.
Un mouvement.
Je continue mon exploration de l’espace, du geste mobile/immobile.

J’observe,
le phrasé chorégraphié de mon chant de sirène,
le balancement de mon corps trempé par les vagues de l’abandon,
le cri de ma chair, le grincement de mes os,
l’émergence de la mémoire païenne de mon scaphandre.

Louise nous propose d’écrire notre prénom par la gestuelle du corps dans l’espace.
Au début je pars avec ma pioche pour mitrailler de coups secs les flancs de ma montagne.
Mais je ne sens pas même un chatouillement qui pourrait diriger plus exactement mes gestes, m’aiguiller vers le contentement du trésor flairé.
Quand tout à coup, je saisis qu’écrire son prénom avec son corps, ne peut rester un acte technique.
Il doit être vécu comme une voix aux accents d’une vie. Un pacte et un acte de naissance. Un prénom pour me dire. Un prénom pour trouver mon écriture. Un prénom pour trouver ma démarche dans cet espace inconnu.
Un prénom comme repère. Un phare lumineux et rassurant qui me guidera quand je serai embarquée sur le bateau de la Scène. Sans mots dire, dans le silence du souffle émanant de la trace laissée par mon geste.
Une signature invisible.
Mais une présence éternelle, dans celui ou celle qui l’auront aperçue, peut-être…
Toute la semaine j’ai pensé et dansé HABIBA
J’ai trouvé deux séquences chorégraphiées pour me dire.
Et chacune peut se décliner et se dire avec différents accents et intonations…
Finalement, je m’aperçois que le mouvement de mon prénom ne m’apportera pas la réponse unique et ultime à la question « QUI SUIS-JE? ». Elle ouvrira seulement la porte à tous mes possibles.
Je viens d’entrer par cet exercice dans mon espace scénique intérieur.
Je viens d’entendre les premiers balbutiements de mon langage secret.
Je viens de déterrer la mémoire de mon corps.
Qui semble-t-il, a des choses à dire…
Au terme de cette première semaine,
je commence à entrer en relation dansante avec moi-même,
mon monde intérieur en mouvements,
mon premier partenaire.
Le bateau peut s’éloigner un peu plus du quai maintenant.
Lundi, en rentrant de ce premier atelier, j’ai poursuivi mon élan de recherche amorcée sous les instructions de Louise. J’ai tenté, tant bien que mal, de mettre en images mes explorations sur mon Prénom dansé.
Le coup de crayon est d’abord sorti de façon très technique aussi, rigide et linéaire, puis a commencé légèrement à prendre quelques variations plus créatives.
Mais je ne sais pas encore comment transcrire mon état quand je danse mon prénom avec ce medium-ci.
Ni même je n’ai tenté d’investiguer la place de chaque mouvement et sa route dans cet espace.
À suivre…
Habiba Nathoo