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Quelques photos de la présentation publique

 

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© Stéphane Synnett | Xavier Curnillon

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Après la fête – Réflexions postpartum

Mardi 29 avril. C’est l’heure de ma dernière chronique et je traine la patte pour l’écrire. Je me sens trop morose. J’ai les bleus, comme on dit au Québec. La belle aventure humaine d’Alors, on crée? est terminée. La petite bulle de bonheur créatif et de temps suspendu de nos lundis matins a éclaté. Chacune des participantes a repris le cours de sa vie juste après le spectacle de samedi après-midi et j’ai été saisie par cette dissolution spontanée du groupe après la tension qui l’avait pourtant si bien soudé lors de la générale et de la représentation. Romantique à tendance fusionnelle, j’ai l’air d’un personnage de conte de fées qui se serait pris la réalité en pleine face.

Les risques du métier

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En fait, j’intègre simplement une nouvelle leçon sur les multiples dimensions de la création artistique : elle rassemble ceux qui y participent dans un espace-temps spécifique, elle crée entre eux des liens forts qui peuvent n’avoir de tangibilité que dans cet espace-temps, elle est une fabrique d’images, de rêves et d’univers, autant pour les artistes que pour les spectateurs. Comme une histoire d’amour vécue collectivement, elle charrie fantasmes, désirs et frustrations, projections, identifications, temps de fusion et de séparation… Il est normal de vivre un down à la fin d’un projet. Il est logique de vouloir retravailler avec ceux qui sont doux, stimulants et nourrissants et faire une croix sur les caractériels, les tyranniques, les hystériques. Car il y en a aussi quelques-uns et quelques-unes dans le merveilleux monde de la danse.

D’une rencontre à l’autre

Louise Bédard, elle, fait partie de la crème. C’est une belle artiste et une belle humaine. Une vraie soie. Juste avant le spectacle, elle a donné à chacune d’entre nous un petit livre autographié : le joli catalogue de l’exposition d’œuvres de Tina Modotti qu’elle avait organisée en 2002 en marge du duo elles qu’elle dansait avec Sophie Corriveau. « Elle est tellement bonne et tellement demandée que nous n’avons plus trouvé l’occasion de retravailler ensemble depuis », nous a expliqué Louise quand elle nous a ouvert le studio où elles créent une nouvelle œuvre ensemble. C’est la première fois qu’elles montrent où elles en sont. Tout en étant très différentes, elles sont éminemment complices. « Je viens de retrouver la Louise de scène », lance Sophie, une étincelle dans les yeux. Le lien tissé il y a 12 ans n’a souffert ni de la distance ni du temps.

Traces de pas

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Que restera-t-il ce que nous avons tissé au fil de ces deux mois? Le souvenir puissant de sensibilités et d’histoires partagées dans le silence si éloquent des corps, comme l’écrit Habiba, de ces dévoilements publics faits de courage mêlé d’humilité, de la joie éprouvée du chemin parcouru et des ouvertures opérées dans cette traversée du soi à bord d’un fabuleux vaisseau nommé danse contemporaine. Dans les échanges de la rencontre post-spectacle, les participantes ont parlé de libertés prises et gagnées, d’émotions ressenties, d’apprentissages, de dépassement, de la richesse des rencontres interculturelles… Elles ont aussi parlé de l’émerveillement de découvrir qu’on peut créer à partir de choses très abstraites, danser sans faire de mouvements codés et le faire en silence ou sur de la musique qui ne ressemble pas à ce que diffusent les radios.

Le besoin d’art dans la cité

Moi qui cherche à démocratiser la danse contemporaine par les articles que j’écris et les ateliers ou rencontres que j’anime pour le grand public, je me suis souvent questionnée sur la pertinence de l’engouement pour une médiation culturelle qui invite ce même grand public à créer. Comme je l’expliquais à Maude Abouche, ma collègue de The Dance Current, je comprends aujourd’hui à quel point elle est précieuse. En donnant le goût de l’art au citoyen moyen, elle lui donne le pouvoir d’être plus créatif, de « penser en dehors de la boite » et par extension, d’améliorer sa vie et la société où il vit. En descendant l’artiste de son piédestal, elle l’inscrit significativement dans son environnement, lui donne une force d’impact et une capacité de rayonnement autres que celles de ses œuvres et le nourrit sans conteste en retour. Dans un cas comme celui du projet Alors, on créé?, la médiation culturelle n’est pas une affaire de développement de public. Elle est une nécessité sociale et politique. Elle répond à un besoin de créer du lien, du sens et de l’intelligence. Pour cela, il faudrait dépenser sans compter.

Fabienne Cabado

crédit photos : Xavier Curnillon / Dominique Bouchard


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Semaine fébrile avant la générale, par Louise Bédard

Lundi de Pâques. Dernier moment avant la générale pour la présentation du 26 avril. Je sens la fébrilité. Beaucoup plus la mienne  que la leur, d’ailleurs. Elle vient du fait que le programme de nos deux heures hebdomadaires, et plus spécifiquement de ce lundi, est fort chargé.

Une entrée en salle est souvent un moment où plein d’éléments viennent complexifier le simple fait (pas si simple, en réalité) de se poser dans un nouvel environnement.

L’heure des choix

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Se poser signifie aussi devoir faire des choix, comme celui de ne pas avoir de coulisses. Les participantes seront assises sur les côtés, de sorte à faire une entrée franche quand sera venu le moment pour elles de danser leurs duos. De cette façon, la régie devient plus simple et évite aux danseurs de devoir attendre, cachés derrière un rideau, un repère visuel ou sonore pour effectuer leur entrée.

J’ai aussi fait le choix de ne pas mettre de rideau de fond. J’aime bien que l’espace reste ouvert, surtout ce bel espace qu’est le studio Jeanne-Renaud. D’ailleurs, il ne faut pas que j’oublie de parler aux groupes des femmes et des jeunes filles de cette grande dame et femme extraordinaire qu’est Jeanne Renaud! C’est inconcevable de ne pas le faire. Et pourquoi ne pas débuter maintenant?

Jeanne Renaud 

Jeanne Renaud est une des pionnières de la danse moderne au Québec. Elle a commencé la danse ici, à Montréal, mais est partie très tôt, seule et toute jeune, à 17 ans. C’est à New York qu’elle a fait ses classes et puisé sa nourriture dans l’enseignement de plusieurs personnalités importantes, dont Hanya Holmes, Merce Cunningham, Mary Anthony, pour poursuivre son développent artistique comme danseuse et chorégraphe.

Jeanne Renaud fait partie d’une famille où l’art est très présent. Ses deux sœurs ont d’ailleurs signé le manifeste du Refus global, qui a marqué l’histoire culturelle du Québec. Jeanne a développé une école et une compagnie de danse dans les années ‘60 : le Groupe de la Place Royale. Elle a été très tôt au coeur de l’activité artistique d’ici, entourée de collaborateurs, de compositeurs, de peintres, de danseurs et de chorégraphes.

Il y a de cela deux ans déjà, à 80 ans passés, Jeanne a créé A morte in braccio, un solo pour la caméra que j’ai dansé et qui a été réalisé par le vidéaste Mario Côté. Cette femme est une véritable source d’inspiration pour moi et le studio qui lui est dédié à Circuit-Est reflète sa présence et son apport au milieu de la danse.

En musique avec Diane Labrosse

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C’est dans ce studio que nous avons fait le premier enchaînement avec la musique de Diane Labrosse. Je dois dire que j’ai eu par moments des frissons en regardant toutes ces femmes prendre leur espace sur la scène, comme ça, simplement, avec si peu de temps de répétition pour l’apprivoiser. De plus, durant l’enchaînement, elles se sont données complètement, alors qu’elles entendaient leur musique pour la première fois et qu’il y a pour certaines plusieurs ajustements à faire!

Travailler avec la compositrice et musicienne Diane Labrosse est bel et bien un grand privilège. Quand je lui ai parlé du projet, il y a peu de temps, je ne m’attendais pas à ce qu’elle aille jusqu’à choisir dans son répertoire une musique pour chacun des duos! Et à ajouter des sons ‘live’ pendant qu’elle les regardait pour la première fois. Fabuleux.

Diane m’avait demandé la semaine dernière un qualificatif pour chaque duo. Juste avec les quelques mots que Danielle et moi lui avions transmis, elle a réussi à faire en sorte que chaque duo ait sa propre couleur, ses propres textures. Certains moments sont d’une grande densité, d’autres sont plus légers et incluent rythmes, ponctuation et lignes mélodiques.

La mécanique des enchaînements

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Après l’enchaînement, toutes se sont assises, ensemble, et j’ai répondu aux questions sur la mécanique de l’enchaînement. Un tour de piste aussi sur la musique qui leur a été  proposée. Elles étaient ravies. Diane les a invitées à lui faire des remarques. Diane et moi avions l’occasion de nous parler plus tard dans la journée. Je lui ai alors fait quelques suggestions sur la base de ce que j’avais entendu. Diane a pu mettre au point quelques menus détails. Jeudi, ce sera au tour des jeunes filles de travailler avec la musique de Diane. Je sens que nous serons dans un autre registre que celui proposé lundi aux femmes.

La semaine dernière, lorsque nous avons travaillé pour la première fois dans le studio Jeanne-Renaud, un filage de tous les duos a été exécuté avec précision : dans quel ordre elles feraient leur entrée et depuis quel côté.

Les vertus du silence

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Pour le bon déroulement des duos et surtout pour ne pas avoir de « petit creux », les participantes doivent superposer leur entrée sur la sortie du duo précédent. À la fin de l’enchaînement, qui avait été fait tout du long dans le silence, je leur ai dit deux choses. D’abord, que, justement, ce silence leur avait permis d’approfondir leur relation avec celle avec qui elles sont jumelées pour leur duo. Puis, que la musique serait à présent la bienvenue puisque ce travail en silence aura déjà suscité plusieurs niveaux d’éveil et de conscience dans leur rapport à l’autre.

Deux des jeunes filles m’avaient déjà justement demandé si elles pouvaient inclure «l’absence de musique», du moins en partie, dans leur duo. «Oui! Sans problème», leur ai-je répondu. J’en parlerai à Diane.

Alors, on crée ?

C’est assez merveilleux tout cela. Comme le disait si bien Fabienne Cabado dans une de ses chroniques : à moi aussi, le lundi matin va manquer. Beaucoup. Je ne pensais pas m’attacher à ce point à toutes ces belles personnes. Et le jeudi aussi va me manquer, avec ces jeunes qui terminent l’école et avec qui «hop! c’est reparti! ». Alors on crée?

Louise Bédard


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De mémoire de Femmes, par Habiba Nathoo

Des corps déchirés, violentés, des cœurs abusés au goût d’une fatale solitude, et malgré tout quelques murmures de joie, d’espoir, de renaissance, encore…

Ces pièces isolées mises ensemble dans cet espace libre de création dévoilent l’inconscient collectif des Femmes.
Intenses vies, peines et résiliences qui parsèment nos chemins, nos mouvements de corps et d’âmes.

La beauté est à ce prix, celui de la danse de la vie.

La scène nous offre une voix, un corps, un regard, une écoute, un droit d’être, de dire l’indicible, de sublimer, de transformer. Un moment de vérité, un moment d’existence.
Audibles, visibles, Femmes vulnérables encore, mais sous la Lumière bienveillante de celles qui sont passées par là déjà.
Je marche, parce que je suis fatiguée de m’échapper.
Je m’arrête, parce que je suis épuisée de continuer.
Je désire, parce que je refuse de mourir.
Je dis non, parce que ma vie a dit oui.
Je crée, parce que j’ai des choses à être.
Pour toutes celles disparues en silence,
pour toutes les créations avortées,
pour tous les printemps qui redonnent la chance à la fleur d’éclore à nouveau,
pour la source qui coule en nous, tantôt limpide tantôt tumultueuse,
nous serons rouges, nous serons feu, nous serons fières, même de si peu
nous serons nues, petites ou grandes, fragiles ou fortes, tremblantes ou confiantes,
De mémoire de Femmes
nous serons,
tant que la Lumière nous guidera vers l’autre.


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Jour 8 – Premier filage avant le show

Lundi de Pâques. Notre dernière rencontre a lieu dans le Studio Jeanne-Renaud, dans cette magnifique église anglicane transformée pour héberger les neuf compagnies membres de Circuit-Est centre chorégraphique, parmi lesquelles Louise Bédard Danse. Les rideaux sont tirés, les projecteurs, allumés. Encore vides mais déjà plongés dans le noir, les gradins accueilleront samedi une centaine de personnes. La médiatrice culturelle Caroline Lavoie y est assise avec son ordinateur. Elle est venue prendre la température pour préparer la rencontre qu’elle animera après la présentation des duos et du trio des 12 adolescentes et 19 femmes adultes. Louise et Danielle s’affairent à border la scène, côté cour et jardin, des chaises que nous occuperons entre nos entrées et sorties. Pas de coulisses. Nous resterons à vue. Sur une grande feuille collée au sol, Louise a dessiné les cases d’une sorte de storyboard décrivant le déroulement du spectacle.

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Un collier de perles plutôt qu’un puzzle

Il reste beaucoup de choses à mettre en place, nous sommes nombreuses et nous manquons de temps. En plus du deuil de mieux peaufiner les mini-créations avec chacune des participantes, Louise a dû faire celui de marier des duos. « Comme il y a peu de moments d’immobilité dans vos propositions, ça ferait trop d’actions simultanées et elle veut vous offrir à toutes la chance de bien montrer votre travail », nous explique Danielle. Les ados briseront donc la glace et nous enchaînerons. Pour éviter que tout se passe au centre, dont le pouvoir d’attraction semble irrésistible, Louise a travaillé avec Mélanie, l’éclairagiste, pour délimiter sur la scène des zones spécifiques à chacun des tandems.

Après un rapide échauffement avec déplacements pour apprivoiser ce nouveau lieu, nous découvrons les aspects plus techniques de la création. Pendant que nous passons en revue les entrées et sorties de chacune pour que les transitions soient les plus fluides et rapides possible, il faut patienter en silence pour ne pas troubler la concentration de celles qui travaillent. Difficile contrainte quand on est excitée! Nous n’aurons pas besoin des petites marques au sol qui servent de repères aux danseurs professionnels quand éclairages et composition chorégraphique s’unissent pour sculpter l’espace en 3D. Mais nous voilà investies de la responsabilité de veiller au bon déroulement des choses en mémorisant les consignes qui nous sont données pour nos partitions et les quelques tableaux de groupe. C’est un peu stressant.

 

On enchaîne!

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Certaines ont fait un effort de sophistication dans le choix de leur costume. D’autres se présentent simplement en tenue d’atelier. Installée avec son ordinateur en avant-scène, la compositrice Diane Labrosse teste les canevas d’improvisation qu’elle a préparés en se basant sur des qualités que Louise a attribuées à nos productions. Guylaine et Lise D. sont les premières en piste. Valérie et moi sommes programmées en second. J’essaye d’imaginer du monde dans le trou noir derrière les projecteurs pour ne pas être tétanisée le jour du spectacle et donner le meilleur de moi-même dans ce que j’ai à offrir. J’essaye d’être présente à la musique et à ma partenaire. Je la sens dans sa bulle et je suis suspendue dans la mienne. J’ai perdu toute notion du temps. Je choisis de ne pas précipiter les choses comme on le fait souvent en présence d’un public.

« Vous avez toutes dépassé la durée de vos duos en studio », nous dira plus tard Louise. Comme si nous avions toutes décidé d’investir pleinement cet espace d’expression qui nous est donné. Comme si nous avions voulu donner plus d’ampleur à notre voix. Peut-être aussi que les sons ont agi sur notre perception de la temporalité en ouvrant un nouvel espace de dialogue. Car nous avons créé dans le silence et, tout en donnant de la texture à nos gestes, la musique donne de la résonnance au temps. J’ai trouvé jouissif de savourer ce présent qui s’éternisait. S’étirera-t-il autant samedi ou se contractera-t-il sous le poids du trac? La question reste ouverte. Pour moi, autant que pour mes compagnes de jeu.

Fabienne Cabado

 

© Circuit-Est centre chorégraphique | Valérie Laurin